Mario et Lyse – 2002

Histoire

Une femme, un homme. Et c’est déjà le grand mystère. L’autre, l’inconciliable, le tant espéré, le proche étranger. Et voilà que celui-ci vient d’ailleurs. Il a fui, il est seul, il ne sera plus jamais chez lui quelque part. Mais ça lui va. Et voilà que celle-ci voudrait l’aider. Voudrait pour lui, voudrait pour elle. Elle a ce qu’on appelle une vie, un foyer, des regrets, des vacances. Et alors, ils se rencontrent, et dans chaque seconde s’inscrit déjà la fin de leur histoire. Quelque part dans le sud de la France, une jeune femme, assistante sociale, s’intéresse au cas d’un Italien qui vit reclus dans une station service désaffecté. Lui, a fui son pays suite à une fracture, une brisure de vie, et n’a pas l’intention de remettre en cause le fragile équilibre qu’il a trouvé dans la marge. Elle est nait dedans, lui est au dehors. L’un est l’autre ne le savent que trop. De cette rencontre naît pour chacun un profond bouleversement… identitaire, social, et avant tout sensible. Mettre quelque chose en mouvement, ouvrir la porte, affronter a somme des désastres, l’étendue des possibles et des impossibles. Ne pas avoir le choix.

S’aimer. Essayer. Recommencer. Voilà toute leur aventure.

Construire

Ce projet a voulu naître et s’est développé dans une durée différente de l’habituelle et extrême condensation de la plupart des aventures théâtrales. Nous avons laissé la place à des transversalités, à des croisements, (Notamment avec le travail mené par ailleurs par Marie-Pierre Bésanger avec un groupe de personnes bénéficiaires du RMI en Corrèze) à des influences artistiques qui s’épanouissent en son sein pour dépasser la fonction simple référence.

Nous avons aussi voulu rencontrer le public et l’accueillir avec une attention particulière en mettant en place des étapes de travail ouvertes, comme autant d’épisodes rendant possibles et lisibles la maturation, les errances, les tentatives…

L’écriture du texte a suivi ce rythme, ce développement, et a vu son aboutissement à quelques jours de la création publique du spectacle.

Mario et Lyse, ne sont pas des héros. Ce sont des gens ordinaires, de ceux qui habitent tout près de chez nous, ou que l’on croise au commerce du coin. Nous tentons d’aller, avec les deux comédiens, vers un travail, un jeu, le plus dépouillé possible, cherchant l’abandon, revendiquant la simplicité. Chacun des personnages se construit à partir de la faille… Une attention particulière pour le fragile du silence.  

Je pense souvent à Marguerite Duras, et à cette manière qu’elle a parfois de ne faire entendre les mots que dans leur résonance. La sensation que lorsque le personnage parle, il parle ailleurs, comme décalé, et c’est l’écho de ses mots dans le silence, qui raconte à la fois l’endroit d’où il parle et comment il atteint l’autre. Le lieu de l’être, le lieu de la parole dans l’instant où elle advient, le lieu de l’autre, l’écoute… et puis le lieu de l’intime celui du vide. Raymond Depardon, dans son livre Errance, parle du lieu acceptable…

J’ai imaginé que Mario vivait dans une station service désaffectée, une de celles qui ont fermé depuis la construction de l’autoroute. C’est là que Lyse lui rend visite. On entends, tantôt proche ou lointaine, la circulation continue de la route à grande vitesse. Il fait souvent très chaud.

« Mario et Lyse ne sont pas des héros. Mario et Lyse, nous en faisons des héros. »
Philippe Ponty, Auteur, a reçu l’aide à l’écriture du Ministère de la Culture pour « Mario et Lyse ».

Notes de travail

Dans Mario et Lyse, il y a la quête du lieu où « être », se sentir vivant, unique, puissant, un lieu où se sentir lié, relié à la terre, au ciel, aux arbres et au brin d’herbe. Je pense que cet endroit est un lieu où l’on saisit quelque chose d’un mouvement vital, où l’on se met en mouvement de vie, où l’on s’abandonne à un courant, un lieu d’ouverture où l’on est simplement traversé.

Je relis mes cahiers de notes et je vois qu’en juin, au moment où nous cherchions Lyse, j’ai écrit: « Chaque fois que l’on veut écrire ou raconter une histoire, on se trompe. Le mouvement juste, pour nous, c’est un mouvement pour accepter, prendre et laisser faire. »

Hamlet dirait: « Le temps est disloqué« . L’histoire de Mario et Lyse échappe à la chronologie. Plusieurs temps se vivent, se rêvent, se répètent. Tout se passe comme si on ne savait jamais quel est le présent de l’action, s’ils se sont aimés ou bien s’ils s’aimeront. A ce moment du projet et après les trois premières étapes, j’envisage comme possible de ne jamais jouer le spectacle dans le même ordre chaque soir. Ce n’est pas une coquetterie, une posture d’originalité, mais bien le point réel où nous a conduit le travail.

Une des questions que nous aimerions partager avec le spectateur ne serait pas: « Qu’est-ce qui va arriver à la fin? », mais plutôt: « Qu’est-ce qui se passe?« .

Marie-Pierre Bésanger


Équipe

Marie-Pierre Bésanger : metteure en scène, direction du projet
Philippe Ponty : auteur.
Stefano Jotti : comédien « Mario ».
Pauline Sales : comédienne « Lyse ».
Cédric Cambon : lumières
Laurent Sassi : son.
Elizabeth Fély-Dablemont : assistante à la mise en scène