Le Groenland – 2004

Histoire

« Avance… » Une mère parle à se fille. Elle veut l’emmener ailleurs, dans un pays plus froid, plus blanc, avec des ours polaires, des traîneaux et des fourrures. Elle lui parle des fausses et des vraies femmes, de sa naissance, des cheveux blancs sur les tempes, d’un gâteau au chocolat, des hommes, de son père, de l’envahissement. Sur le chemin, les nouvelles du monde, la violence du quotidien qui vient cogner. Elles se perdent dans le quartier, dans la ville. La petite veut rentrer à la maison. Va-t-elle l’abandonner, la laisser sur le trottoir avec autour de son cou un papier blanc mentionnant son adresse? Va-t-elle partir seule?

Le Groenland, ce serait comme un cadeau, comme un cri secret, pour dire ce qu’on aurait bien voulu que ce soit autrement que cela n’est. Une diversion pour quitter le courant établi de nos enfermements consentis. Un moment pour dire ce qui nous violente. Un instant, pour croire encore au paradis perdu.

Le Groenland c’est un fugue, un désir qui s’acharne.

Comment cela est arrivé ?

Au début, une demande : des femmes, un paysage, les cancers féminins…

Ça t’intéresse?

C’est en mai/juin 2001, nous sommes en répétition pour Mario et Lyse. Nous allons commencer la deuxième étape: la recherche sur Elle, Lyse, femme, avec comme fonction, assistance sociale.

Je réponds « oui », assez vite. Ce sont les mots « femme »… »paysage »… qui me font accepter. Le paysage en question, il est vers chez moi, proche de la chaleur de mon enfance.

La mort. Que dire du cancer? Comme tout le monde j’ai peur…pour moi…qu’il entre en moi…il y aurait des raisons…comme tout le monde…sauf que c’est moi et mes raisons.

Septembre 2011. Nous sommes réunis à Ayen, petite commune du sud de la Corrèze. Il y a des femmes qui habitent ici, ou ailleurs, à la ville, des femmes qui ont vécu le cancer et qui ont envie d’en parler, d’agir, d’autres qui ne savent pas et qui veulent faire quelque chose pour ça, contre ça. Je suis là. J’écoute. Je dis trois mots sur le théâtre : intime, plaisir, un lieu où trembler. Après une histoire commence.

Elles sont huit ou dis certains soirs, on travaille à partir d’improvisation, on se parle. Elles sont d’ici ou d’un peu plus loin, parlent de la campagne, des chemins où elles marchent le dimanche, des vaches qu’elles rentrent, du boulot à l’hôpital, à la mairie, du cancer de leur voisine, leur cousine… Et puis Josette parle du sien, de ses deux seins enlevés, de ce moment particulier dans sa voiture sur le trajet entre l’hôpital de Toulouse et sa maison, de sa petite fille qui pose sa tête sur ses genoux à son retour.

Je ne sais pas ce qu’il est possible de faire, de dire, pour parler de la mort possible, de ce qui nous ronge. Je demande à Pauline Sales d’écrire sur ça. Je lui raconte les moments importants pour moi, les silences de Josette, des autres, et puis il ya tout ce que nous avons déjà partagé en faisant naître Mario et Lyse, tout ce qui s’est dit, et tout ce qui ne s’est pas dit. Pauline écrit déjà, puis elle vient rencontrer le groupe, s’approche du travail, reçoit les mots des femmes, puis écrit encore.

En mai 2002, Le Groenland est entre nos mains […] Cela devient alors évident. Je connais ce projet, il me connait. Il m’a choisi comme je l’ai choisi, et depuis plusieurs mois. C’est Le Groenland.

Marie-Pierre Bésanger

 

Équipe

Pauline Sales : auteure du texte et comédienne

Marie-Pierre Bésanger : mise en scène

Laurent Sassi : son

Cédric Cambon : lumières

Elisabeth Fély-Dablemont : assistante à la mise en scène

Le Groenland est édité aux Solidaires Intempestifs.

Extraits de presse

« Le Groenland est comme un bloc de glace en pleine figure, un pur bloc de vérité qui ne saisit pas que les femmes. » – Daniek de Almeida, La Montage, 2004.

« Dans le spectacle vivant, l’expérience la plus forte que j’ai vue est le travail du Bottom Théâtre. Sans pour autant se revendiquer de la ruralité, ils ont fait vraiment naître leur oeuvre du contact avec la population rurale. La démarche de Marie-Pierre Bésanger est bien de se nourrir de ce particularisme, de ces gens en nécessité d’expression. » – Philippe Mourat, directeur des Rencontres de la Villette dans « Les Nouvelles Chorégraphiques et Musicales. »

« Ce superbe monologue est né du travail de Marie-Pierre Bésanger avec une dizaine de femmes. En un an et demi d’ateliers et de parole, un constat: parler de la douleur, c’est aussi parle de sa relation  à la maternité, de doute, d’isolement ou d’espoir, aborder des sentiments jamais à l’abri des intempéries. » – Sophie Cachon, Télérama.

« Le cri du coeur de Pauline Sales est tellement beau qu’on n’ose pas le réduire avec des mots. Le choix de Marie-Pierre Bésanger est d’une évidence fulgurante: cohérence de la démarche et du propos artistique. Une intimité est née d’un travail en commuun avec une artiste rare elle aussi, à l’univers troublant et attachant. C’est le deuxième spectacle que Marie-Pierre Bésanger crée avec Pauline Sales, interprète criante de vérité et auteure magistrale… » – Solange Charlot, directrice des sept collines, scène conventionné de Tulle.