Cependant tout arrive – 2011

CRÉATION 2011

« à première vue on dirait du hasard, mais ce hasard n’exclut pas le sens. »
Paul Auster

ÉQUIPE
Mise en scène : Marie-Pierre Bésanger
Texte : Philippe Ponty
Avec : Alexey Blajenov, Hélène François et les empêcheurs de tourner en rond Ibrahime Diabaté, Hamid Jan, Aziz Maroki
Scénographie : Célia Guinemer et Perrine Cado
Musique, son : Gabriel Durif
Lumière : Pauline Guyonnet et Clément Bonin
Recherche littéraire : Alexis Longuet
Accompagnement photographique : Sylvestre Nonique-Desvergnes
Assistante : Marianne Legall
Et les voix de : Julie Korban, Marianne Legall, Joëlle Morel, Nina, Patricia Perdrizet et Anne Sarter

En coproduction avec la Maison des métallos, (Établissement public de la Ville de Paris)

UNE IMMERSION DANS UN QUARTIER

Artiste complice de la maison des métallos, la metteuse en scène Marie-Pierre Bésanger s’attache depuis toujours à imaginer un théâtre ancré dans le territoire, à l’écoute des aventures singulières du quotidien. Pour cette nouvelle création, sur une proposition de la direction de la Maison des métallos, elle s’est ainsi immergée pendant dix-huit mois dans Belleville ; dix-huit mois d’écoute, de collectage, d’errance et de rencontres. A ses côtés : ses compagnons du Bottom Théâtre mais aussi les Empêcheurs de tourner en rond « Dépossédé, riche de riens, qui engage à l’ouverture » Marie-Pierre Bésanger, rencontrés au gré de ses pérégrinations, des Bellevillois issus souvent de parcours d’exil (Afghan, Algérien ou Burkinabais), de déplacement.

« Rien ne sert de rien, cependant tout arrive »
Georges Perec – La vie mode d’emploi

TEXTE

Cependant Tout Arrive se compose de deux corps principaux.
L’un, d’essence clairement dramatique, développe la rencontre des deux protagonistes, «Elle» et «Lui», au gré d’une suite de situations. Fictionnel, il s’inscrit dans un cadre apparemment réaliste, fait appel à des repères explicitement liés à l’univers de Belleville. Le silence y tient une place de choix, autour des mots, territoire du mystère et des charges telluriques qui sous-tendent l’amour de cette rencontre.
L’autre, d’essence narrative, poétique, musicale, fragmentaire, traverse et bouleverse le fil de l’histoire. Il est porté par les empêcheurs de tourner en rond. Dans sa forme scénique, ces monologues sont dissociés, scindés, recomposés chaque soir au gré des improvisations.

Extrait , premier empêcheur…

Je me souviens, j’étais 7 ans, on habitait Pakistan,
Chitral. Dans cette région, il y a Djurur. J’aimais beaucoup
les gens étrangers. Je sortais la maison. J’aimais
pas l’école, parce que j’étais très malade dans l’école.
Mon prof me dit «fait-ça», j’arrive pas à faire. J’aimais
pas rester assis, à regarder le tableau. Je comprends
pas ce qu’on disait. Comme ça, beaucoup temps
passé.
Un jour, mon grand frère est mort maladie cancer. Et
aussi ma petite soeur est née.
Chez nous, il est interdit de montrer la mort ou la
maladie à l’enfant qui nait. Donc, ma mère a presque
pas vu mon frère partir. Pour nous, presque on
a perdu un soleil. Mon frère il faisait vivre la maison,
parce que mon père, il était beaucoup bizness dehors.
Beaucoup parti. Il a perdu beaucoup.

Extrait, deuxième empêcheur…

 

La débrouille, c’est ce qui m’a forgé.

Ça dealait, les scooters, les postes de voiture, le shit.
Le service
militaire a été supprimé juste quand c’était mon tour.

J’ai la double nationalité… la double nationalité.
J’ai pas eu de souci avec mon bizness, mais c’est passé près.
A un moment, j’ai compris qu’il fallait
arrêter.
Ma femme, c’est mon premier amour.
J’avais 16 ans.

Elle avait 13 ans.
Bisou bisou, j’allais chez elle.
On s’est
plus vu pendant qu’elle faisait ses études.
On s’est retrouvé plus tard, on s’est plus lâché.
Je
suis venu la rejoindre sur Paris.
Elle s’était convertie à l’Islam depuis 10 ans.
On
s’est marié le 13 mars 2009.
Je suis musulman,
croyant depuis tout gamin.
Ça s’est fait naturellement.

L’enfant est venu trois ans après.
On en voulait tous
les deux.
Son père à elle il est mort juste avant.

Pour cela, dans nos bagages nous avons…

  • Les parcours réels accomplis par les empêcheurs de tourner en rond, parcours d’exil, de déplacement, qui les ont menés jusqu’à nous. Par naissance, par choix ou bien par fuite, ils ont traversé la moitié du Monde pour chercher ici de quoi vivre une vie.
  • Six mois d’immersion, d’écoute, de collectage, de rencontres multiples avec des habitants, d’errance dans le quartier de Belleville. A se laisser guider par ce qui arrive et non par volonté.
    A croiser des vies en ligne presque droites et d’autres en ruptures constantes, en énigmes, ou en lumières.
  • Une source, le spectacle «Mario et Lyse», que nous avions abouti en janvier 2002, comme point de départ. Histoire d’amour rêvée, ou peut-être vécue, histoire des mille rencontres possibles entre une femme et un homme, l’une du dedans et l’autre du dehors du monde.
  • La Bible et le Coran, textes fondateurs, poèmes d’utopies, qui mettent en perspectives la question du lieu, du déplacement, de la trajectoire, la quête du lieu où l’on est soi. Textes qui infusent, à la fois par culture ou par croyance, les peuples et leurs histoires, qui résonnent avec les vies d’aujourd’hui.

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